Le far breton traditionnel finistère aux pruneaux occupe une place à part dans le paysage des desserts français. Entre le flan généreux et le clafoutis rustique, ce gâteau breton concentre dans une tranche tout ce que la cuisine traditionnelle a de plus sincère : des ingrédients simples, un four bien réglé, et le temps de laisser les choses se faire. La recette que je partage ici, je l’ai peaufinée à force de fournées et de corrections, dans ma cuisine de Nancy où les hivers appellent exactement ce genre de dessert breton réconfortant. Ce n’est pas une recette compliquée — mais elle exige qu’on lui consacre un peu d’attention, notamment sur la température de cuisson et la qualité des pruneaux. Un far raté, c’est souvent un far cuit trop vite ou préparé avec des fruits secs trop durs. La version que je décris ici donne un résultat moelleux, légèrement caramélisé en surface, fondant à cœur. Pour six personnes, comptez entre 6 et 12 euros d’ingrédients et environ cinquante minutes de four. La recette complète, les astuces de cuisson et les variantes les plus intéressantes suivent section par section.
Quelle est l’origine du far breton et pourquoi les pruneaux s’y sont-ils imposés ?
Le far breton s’appelle Farz Forn en langue bretonne, ce qui signifie littéralement « far du four ». Ce far breton grand-mère apparaît dans les traditions bretonnes bien avant que la pâtisserie régionale ne soit mise en scène pour le tourisme. À l’origine, il s’agissait d’une préparation cuite à même la cheminée, proche d’un porridge épaissi, sans sucre ni fruit. La version actuelle — avec sa pâte proche du flan et ses pruneaux fondants — s’est construite au fil des siècles, portée par les échanges entre marins bretons et marchands d’Agen.
L’histoire des pruneaux dans le far tient à une logique de conservation. Les marins bretons partaient parfois plusieurs semaines en mer pour la pêche à la morue. Ils embarquaient des provisions longue durée : biscuits de mer, lard, et pruneaux séchés, troqués lors des escales contre leur poisson. Au retour, ces fruits secs finissaient naturellement dans les préparations cuites du quotidien. Le far aux pruneaux est donc né d’une contrainte logistique autant que d’un goût : la douceur caramélisée du fruit compensait l’austérité d’une pâte à base de farine et de lait.
Chaque famille bretonne garde sa version, parfois transmise sans recette écrite, uniquement par observation et répétition. J’ai eu la chance, il y a une dizaine d’années, d’assister à la préparation d’un far chez une vieille dame de Quimper qui mesurait sa farine « au poing » et son lait « à l’œil ». Le résultat était parfait. Ce type de transmission orale est précieux mais fragile : c’est une des raisons pour lesquelles noter des proportions précises a du sens, même pour une recette aussi instinctive que celle-là.
Aujourd’hui, le dessert breton dépasse largement les frontières de la Bretagne. On le trouve dans les boulangeries parisiennes, dans les épiceries fines de Lyon, et de plus en plus dans les cuisines amateurs qui cherchent une alternative au gâteau au yaourt ou au moelleux au chocolat. Sa texture unique — à mi-chemin entre le flan et le clafoutis — le distingue de tout ce qui se fait ailleurs en France. Aucun autre gâteau ne ressemble vraiment au far breton.



Quels ingrédients choisir pour un far breton vraiment savoureux ?
La liste des ingrédients du far breton est courte. Pour six personnes : 250 g de farine T55, 400 g de pruneaux, 250 g de sucre, 4 gros œufs, 1 litre de lait entier, 30 g de beurre demi-sel, une pincée de sel et un bouchon de rhum. Ce qui change tout, c’est la qualité de chaque produit.
Les pruneaux d’Agen restent la référence. Leur chair est souple, leur peau fine, et leur teneur en sucre naturel donne au far cette note légèrement confite après cuisson. On les trouve entre 4 et 8 euros le kilo selon l’origine et le circuit d’achat. Sur les marchés bretons ou dans les épiceries fines, la qualité est généralement bien supérieure à ce qu’on trouve en grande surface. Un pruneau de qualité se reconnaît à sa peau légèrement brillante, à sa souplesse sous les doigts et à son parfum sucré sans note fermentée.
Le lait entier n’est pas négociable si on veut un far moelleux et onctueux. Le lait demi-écrémé donne une pâte plus légère mais moins fondante. Le prix du lait entier varie entre 0,90 et 2 euros le litre. Pour le beurre, le beurre demi-sel breton rappelle les origines du plat et ajoute une légère salinité qui équilibre le sucre. Comptez entre 2 et 4 euros les 250 g.
Le rhum est facultatif. Personnellement, je ne fais jamais un far sans ce bouchon de rhum agricole : il apporte une chaleur aromatique qui s’intègre à la pâte pendant la cuisson et disparaît en alcool, laissant juste une profondeur de goût. Si vous n’en avez pas sous la main, une cuillère à café d’extrait de vanille naturel fonctionne très bien, à environ 0,50 à 1 euro le flacon en grande surface.
| Ingrédient | Quantité | Prix indicatif |
|---|---|---|
| Farine T55 | 250 g | 0,30 – 0,80 € |
| Pruneaux d’Agen | 400 g | 2,00 – 3,50 € |
| Sucre | 250 g | 0,20 – 0,50 € |
| Œufs (gros) | 4 | 0,80 – 1,50 € |
| Lait entier | 1 litre | 0,90 – 2,00 € |
| Beurre demi-sel | 30 g | 0,20 – 0,40 € |
| Rhum agricole | 1 bouchon | 0,10 – 0,30 € |
La semaine dernière, un client est venu me voir avec un far raté : texture caoutchouteuse, goût fade. En discutant, j’ai compris qu’il avait utilisé du lait écrémé et des pruneaux industriels achetés en sachet générique. Deux substitutions qui avaient tout changé. Investir 1 à 2 euros de plus sur les pruneaux et choisir du lait entier : voilà les deux décisions qui font basculer un far correct vers un far savoureux.



Comment préparer la pâte et réussir la cuisson au four étape par étape ?
La préparation du far breton suit une logique simple mais précise. Avant toute chose, faites tremper les pruneaux 30 minutes dans de l’eau tiède. Cette étape réhydrate les fruits secs et leur donne une texture presque confite après cuisson. Si vous êtes pressé, des pruneaux dénoyautés prêts à l’emploi vous font gagner ces 30 minutes — mais la texture finale sera légèrement moins fondante.
Pendant le trempage, préchauffez le four à 220°C pendant 10 minutes. Tamisez les 250 g de farine avec la pincée de sel dans un saladier. Ajoutez le sucre, faites un puits au centre et cassez-y les 4 œufs. Fouettez le tout avant d’incorporer le lait entier progressivement, en filet, pour obtenir une pâte sans grumeaux. Ajoutez le beurre fondu et le bouchon de rhum. La pâte doit être fluide et homogène, proche d’une pâte à crêpes épaisse.
Beurrez généreusement un moule à manqué de 24 à 26 cm. Égouttez les pruneaux et disposez-les au fond du moule. Versez la pâte par-dessus. Enfournez à 220°C pendant 20 minutes, puis baissez à 180°C pour 30 minutes supplémentaires. Cette double phase de cuisson crée la croûte dorée caractéristique tout en préservant l’intérieur moelleux.
Pour vérifier la cuisson, plantez la lame d’un couteau au centre : elle doit ressortir légèrement humide, jamais sèche. Un far trop cuit sera caoutchouteux ; un far pas assez cuit sera liquide au centre. Si le dessus dore trop vite pendant la seconde phase, couvrez avec un carré de papier aluminium et poursuivez la cuisson. Sortez le gâteau du four, laissez-le refroidir 15 minutes dans le moule avant de le démouler.
Pour les fours à chaleur tournante, baissez les températures de 10 à 20°C : 200°C puis 170°C, mêmes durées. Les fours encastrés récents ont souvent une puissance plus élevée que ce que l’affichage indique — un thermomètre de four à 10 euros évite bien des déconvenues.


Calculateur de Portions
Far Breton aux Pruneaux
6
2–12


Ingrédients ajustés
| Ingrédient | Base (6 pers.) | Votre quantité |
|---|


Les gestes qui changent tout dans la préparation de la pâte
Tamiser la farine n'est pas une formalité : c'est ce qui évite les grumeaux tenaces. Incorporer le lait progressivement, en fouettant entre chaque ajout, assure une pâte lisse. Un fouet électrique peut remplacer le fouet manuel et réduit la préparation de 5 à 8 minutes. Si des grumeaux persistent malgré tout, passez la pâte à travers une passoire fine avant de verser dans le moule.
Le beurre doit être fondu mais pas brûlant au moment de l'incorporer. Un beurre trop chaud cuit les œufs dans la pâte et donne une texture granuleuse. Faites-le fondre à feu doux ou au micro-ondes à basse puissance, laissez-le tiédir deux minutes, puis incorporez-le à la pâte.


Quelles variantes du far breton valent vraiment la peine d'être essayées ?
Le far breton est une base solide qui supporte bien les adaptations. La version aux pruneaux reste la référence, mais il existe des déclinaisons qui méritent l'attention — à condition de comprendre ce qu'on change et pourquoi.
La variante aux pommes est la plus populaire après la version classique. Remplacez les pruneaux par 3 pommes coupées en dés et revenues 5 minutes dans 20 g de beurre avec une cuillère à soupe de sucre. Remplacez aussi le lait par du jus de pomme fermier (comptez 2 à 4 euros le litre). Le résultat est plus fruité, légèrement acide, avec une texture proche du clafoutis. C'est une version que je propose souvent à l'automne, quand les pommes bretonnes sont en pleine saison.
Pour une version sans lactose, substituez le lait entier par un lait d'avoine ou d'amande au même volume. La texture change légèrement — un peu moins riche — mais reste agréable. Pour une version sans gluten, utilisez 200 g de farine de riz et 50 g de farine de sarrasin à la place de la farine T55. Le sarrasin donne une note légèrement noisettée qui rappelle les crêpes bretonnes. Ajoutez un œuf supplémentaire pour compenser le manque de liant.
Voici les substituts les plus pertinents si un ingrédient manque :
- Pruneaux absents : abricots secs réhydratés dans de l'eau chaude pendant 20 minutes, ou poires coupées en dés — texture plus fraîche, acidité douce
- Lait entier indisponible : lait demi-écrémé + 10 cl de crème liquide pour retrouver l'onctuosité
- Beurre demi-sel remplacé : beurre doux + une pincée généreuse de fleur de sel dans la pâte
- Rhum non souhaité : extrait de vanille naturel, 1 cuillère à café suffit
- Pruneaux trop secs : tremper dans du jus de pomme chaud plutôt que de l'eau pour intensifier le parfum
La variante salée existe — lardons, oignons, sans sucre — mais elle sort du cadre du far breton traditionnel. Je l'ai testée comme mise en bouche lors d'un repas de fête, avec un résultat intéressant, mais ce n'est plus vraiment le même dessert breton qu'on cherche ici. Gardez la version salée pour l'expérimentation, pas pour un goûter familial classique.

Comment conserver le far breton et comment bien le servir ?
Un far breton se conserve 3 à 4 jours au réfrigérateur, recouvert de film alimentaire ou dans un contenant hermétique. La texture évolue légèrement après 24 heures : le gâteau se raffermit un peu, ce qui facilite la découpe mais atténue le fondant. Certains amateurs préfèrent le far le lendemain, quand les arômes se sont stabilisés. C'est une question de goût.
Pour congeler, découpez le far en parts individuelles, emballez chaque portion dans du film alimentaire puis dans un sac de congélation. Conservation possible jusqu'à 2 mois au congélateur. Décongelez au réfrigérateur pendant 12 heures avant de servir. Un passage de 8 à 10 minutes au four à 150°C restitue une bonne part du moelleux d'origine. Au micro-ondes, 20 à 30 secondes par portion suffisent, mais la texture reste moins homogène qu'au four.
Le far se sert tiède ou froid selon les préférences. Tiède, il révèle mieux les arômes du rhum et la douceur caramélisée des pruneaux. Froid, il offre une texture plus dense et une découpe plus nette. Pour un goûter, je le sors du réfrigérateur 30 minutes avant de servir pour le ramener à température ambiante, puis je le repasse 5 minutes au four à 150°C.
L'accord traditionnel, c'est la bolée de cidre brut ou doux — entre 0,50 et 1,50 euro la bolée selon le producteur. Un cidre doux artisanal de Cornouaille équilibre parfaitement le sucré du far sans l'écraser. Pour les enfants ou ceux qui préfèrent sans alcool, un jus de pomme fermier fonctionne exactement de la même façon. Un café noir serré fonctionne aussi très bien pour les adultes qui préfèrent finir le repas sur une note moins sucrée.
Pour la présentation, un léger voile de sucre glace au moment du service suffit à rendre le gâteau élégant sans l'alourdir. Une cuillère de crème fraîche légèrement fouettée à côté crée un contraste chaud-froid intéressant si le far est servi tiède.
Quelles erreurs éviter absolument pour ne pas rater son far breton ?
La plupart des fours ratés ont une cause identifiable. Far trop liquide après cuisson : la pâte manque de farine ou le four n'était pas assez chaud. Ajoutez 20 à 40 g de farine la prochaine fois, et vérifiez que votre four atteint bien la température affichée avec un thermomètre. Si le problème persiste, prolongez la cuisson de 5 à 10 minutes à 180°C en vérifiant toutes les 5 minutes.
Far trop sec ou caoutchouteux : cuisson trop longue ou trop de farine. Réduisez de 5 à 10 minutes et ajoutez un œuf ou 50 ml de lait supplémentaire à votre prochaine fournée. En rattrapage immédiat, arrosez légèrement la surface de lait et réchauffez 5 minutes à 150°C couvert de papier aluminium.
Dessus brûlé, intérieur cru : le four est trop chaud ou le moule est trop proche de la résistance supérieure. Couvrez après 15 minutes avec du papier aluminium et poursuivez à 180°C. Descendez la grille d'un cran pour les prochaines fournées.
Grumeaux dans la pâte : farine non tamisée ou lait incorporé trop vite. La solution est simple : passez la pâte à travers une passoire fine avant de verser dans le moule. Ce geste prend 30 secondes et résout le problème.
Un dernier point que j'insiste à rappeler : cette recette ne s'adapte pas bien aux fours à micro-ondes pour la cuisson principale. Le four traditionnel reste indispensable pour obtenir la croûte dorée caractéristique et la bonne texture du far. Le micro-ondes ne donne qu'un résultat mou et pâle, sans intérêt gustatif.
Combien de temps faut-il pour préparer et cuire un far breton aux pruneaux ?
La préparation prend entre 20 et 30 minutes selon votre rythme, en incluant le trempage des pruneaux. La cuisson dure 50 minutes au total : 20 minutes à 220°C puis 30 minutes à 180°C. Comptez donc environ 1h20 de début à fin, sans oublier les 15 minutes de repos dans le moule avant démoulage.
Peut-on préparer le far breton la veille ?
Oui, c'est même conseillé si vous le servez froid. Le far se conserve très bien 3 à 4 jours au réfrigérateur, couvert de film alimentaire. Le lendemain, les arômes sont souvent plus intégrés et la texture plus facile à trancher. Pour le servir tiède, repassez-le 8 à 10 minutes au four à 150°C.
Faut-il obligatoirement tremper les pruneaux avant cuisson ?
Le trempage de 30 minutes dans de l'eau tiède améliore nettement la texture finale : les pruneaux deviennent plus fondants et moins secs après cuisson. Si vous manquez de temps, utilisez des pruneaux dénoyautés prêts à l'emploi. Pour un résultat encore plus parfumé, remplacez l'eau de trempage par du jus de pomme chaud.
Peut-on remplacer les pruneaux par d'autres fruits dans le far breton ?
Oui, sans dénaturer le gâteau. Les abricots secs réhydratés, les poires coupées en dés ou les pommes revenues au beurre fonctionnent très bien. Chaque fruit change la personnalité du dessert : les pommes apportent de la fraîcheur, les abricots une légère acidité, les poires une douceur délicate. La technique de préparation et la cuisson restent identiques.
Le far breton peut-il se congeler ?
Oui. Découpez-le en parts individuelles, emballez chaque portion dans du film alimentaire puis dans un sac de congélation. Conservation jusqu'à 2 mois. Pour décongeler, placez au réfrigérateur 12 heures à l'avance. Réchauffez ensuite 8 à 10 minutes au four à 150°C pour retrouver une texture proche de l'original.

Biographie :
Je suis Jean Latour, chef cuisinier depuis 15 ans à Nancy, où je me spécialise dans la cuisine française traditionnelle. Mon expertise inclut la conversion d’unités culinaires, un savoir-faire essentiel pour les recettes précises que je partage.
