La crêpe sarrasin bretonne se prépare avec 330 g de farine de blé noir, 75 cl d’eau froide, 10 g de gros sel de Guérande, un œuf et 50 g de beurre demi-sel pour quatre personnes. Compter 15 minutes de travail actif, 2 heures de repos minimum et environ 3 minutes de cuisson par galette sur une billig bien chaude. Le secret tient dans trois éléments précis : la qualité de la farine, l’hydratation exacte de la pâte et la maîtrise de la chaleur.
Cette recette traditionnelle bretonne demande peu d’ingrédients mais beaucoup d’attention. Dans une cuisine professionnelle nancéienne, la galette revient régulièrement sur la carte les jours de marché, accompagnée d’un cidre brut fermier servi à 8 °C. Les retours des clients sont sans appel : une galette ratée vient toujours d’un repos écourté ou d’une plaque mal chauffée. Le sarrasin ne pardonne pas l’approximation, contrairement à la pâte à crêpe sucrée qui tolère mille variations. Voici donc une méthode complète, testée sur des centaines de services, avec les chiffres, les gestes et les choix d’ingrédients qui font basculer une galette correcte vers une galette mémorable. L’article aborde aussi les pièges fréquents et les solutions concrètes quand la pâte refuse de coopérer.
Quelle farine de sarrasin choisir pour une vraie galette bretonne ?
La farine de sarrasin détermine 70 % du résultat final. Une mauvaise farine donnera toujours une galette médiocre, même avec la meilleure technique du monde. Le choix mérite donc une attention particulière, et quelques repères concrets aident à trier le bon grain de l’ivraie.
Une farine de blé noir de qualité présente une couleur brun-gris soutenue, jamais grisâtre uniforme. À l’odorat, elle dégage un parfum de noisette grillée, légèrement boisé. Si la farine sent le carton ou le rance, c’est qu’elle a trop attendu sur l’étagère. Une farine fraîchement moulue, achetée directement chez un moulinier, garde ses arômes pendant 4 à 6 mois maximum dans un récipient hermétique au sec.
Les moulins bretons comme Paulic à Plumelin ou le Moulin de la Fatigue à Vitré proposent des farines moulues sur meule de pierre, ce qui préserve mieux les arômes que les moutures industrielles sur cylindres. Compter entre 4 et 7 euros le kilo en 2026 pour une farine artisanale IGP Bretagne, contre 2,50 à 3,50 euros pour une farine standard de grande surface. La différence de prix se justifie largement à la dégustation.
Une mention « 100 % blé noir » sur l’emballage évite les mélanges avec du froment. Certains industriels ajoutent de la farine de blé pour faciliter la manipulation de la pâte, mais cette pratique trahit la tradition et introduit du gluten dans une recette naturellement adaptée aux intolérants. Pour les coeliaques, vérifier la mention « sans gluten certifié » reste obligatoire, car même 100 % sarrasin peut contenir des traces si la minoterie traite aussi du blé.

Tester la qualité avant de se lancer
Un test simple consiste à goûter une pincée de farine crue. Une bonne farine de sarrasin a un goût franc, légèrement amer en finale, jamais farineux ou plat. Si la sensation en bouche reste neutre, la farine manque de caractère et la galette sera fade, quelle que soit la garniture ajoutée.
La granulométrie compte aussi. Une mouture trop fine donne une pâte qui colle et casse à la cuisson. Une mouture trop grossière laisse des grumeaux et empêche d’étaler finement. La mouture idéale ressemble à du sable fin, légèrement palpable entre les doigts. Lors d’un déplacement en Bretagne sud le mois dernier, un crêpier de Quimper m’a montré sa méthode : il passe systématiquement sa farine au tamis avant chaque service, quitte à perdre 5 minutes par sac.
Limite à connaître : si la pâte doit reposer 24 heures, la farine fraîchement moulue (moins d’une semaine) peut fermenter trop rapidement et acidifier. Dans ce cas, raccourcir le repos à 4 heures et ajuster l’eau au besoin. La fraîcheur a ses avantages mais demande aussi une vigilance accrue sur les temps de repos. Une farine fraîche change tout, à condition de respecter sa nature vivante.

Comment réussir la pâte à galette de sarrasin sans grumeaux ?
La préparation galette commence par un geste précis : creuser un puits dans la farine, déposer le sel sur les bords, casser l’œuf au centre. Cette mise en place facilite l’émulsion progressive et évite les grumeaux dès le départ. Beaucoup d’amateurs versent tout d’un coup et fouettent ensuite : erreur classique qui demande ensuite vingt minutes de bataille avec un fouet.
L’eau s’incorpore en filet, jamais d’un seul jet. Verser environ 25 cl pour commencer, fouetter du centre vers l’extérieur jusqu’à obtenir une pâte épaisse et homogène. Ajouter ensuite les 50 cl restants progressivement, en surveillant la consistance. La pâte finale doit napper le dos d’une cuillère et couler en un ruban fluide quand on soulève la louche. Trop épaisse, elle s’étalera mal. Trop liquide, la galette se déchirera au retournement.
Le repos de 2 heures minimum à température ambiante reste non négociable. Pendant ce temps, l’amidon du sarrasin absorbe l’eau, les arômes se développent et la pâte gagne en souplesse. Pour aller plus loin, un repos de 12 à 24 heures au réfrigérateur transforme la pâte : couleur plus sombre, parfum plus prononcé, texture incomparable. Sortir la pâte 30 minutes avant cuisson et la fouetter à nouveau pour la réhomogénéiser.

L’astuce de la bière ou du cidre
Remplacer 10 cl d’eau par 10 cl de bière blonde artisanale ou de cidre brut donne une pâte plus aérée, avec des petites alvéoles visibles à la cuisson. Cette astuce vient des crêpiers de la côte bigoudène et apporte un croustillant supplémentaire sur les bords. La bière Coreff, brassée à Carhaix, fonctionne particulièrement bien pour cet usage.
Un client est passé l’autre semaine en cuisine pendant le service, persuadé que sa pâte était ratée parce qu’elle bullait après 6 heures de repos. C’est exactement l’inverse : ces bulles signent une fermentation lactique naturelle qui parfume la pâte. Il suffit de battre énergiquement avant cuisson pour les casser, et le résultat n’en sera que meilleur.

Quand la pâte refuse de coopérer
Pâte trop épaisse après repos : ajouter 5 cl d’eau froide, fouetter et attendre 15 minutes avant de juger. Pâte trop liquide : ajouter une cuillère à soupe de farine tamisée, fouetter immédiatement pour éviter les grumeaux. Pâte qui sent l’acide piquant après plus de 36 heures au frais : la fermentation est allée trop loin, mieux vaut recommencer.
Limite à mentionner : les pâtes sans œuf demandent un repos plus long (4 heures minimum) et une hydratation un peu supérieure pour compenser l’absence de liaison. Le résultat reste excellent mais la manipulation devient plus délicate, surtout pour les débutants. La patience pendant le repos vaut tous les tours de main du monde.

Quel matériel utiliser pour cuire une galette de sarrasin à la maison ?
La billig, plaque ronde en fonte d’environ 35 cm de diamètre, reste le matériel de référence. Elle chauffe uniformément jusqu’à 230 °C et conserve l’inertie thermique nécessaire pour cuire une galette en moins de 3 minutes. Les modèles domestiques Krampouz ou Tibos coûtent entre 180 et 350 euros selon les options. Investissement justifié pour qui fait des galettes plusieurs fois par mois.
Sans billig, une grande poêle en fonte ou une crêpière antiadhésive de 28 cm minimum fait l’affaire. La poêle doit avoir un fond épais (au moins 5 mm) pour stabiliser la température. Les poêles légères à fond fin chauffent trop vite, brûlent les galettes et refroidissent dès qu’on verse la pâte. Compter 30 à 80 euros pour une bonne crêpière De Buyer en acier carbone, à culotter avant la première utilisation.
Le rouable (ou rozell en breton), petit râteau en bois, sert à étaler la pâte en un geste circulaire. Sans lui, incliner la poêle suffit, mais la galette sera moins régulière. Un rouable artisanal en hêtre coûte 8 à 15 euros sur les marchés bretons. La spatule longue (spanell), elle, permet de retourner la galette sans la déchirer : indispensable pour les diamètres supérieurs à 25 cm.

Le test de température qui ne trompe pas
Avant de verser la première louche, déposer trois gouttes d’eau sur la plaque. Si elles crépitent et s’évaporent en 1 à 2 secondes, la température est bonne. Si elles dansent sans s’évaporer (effet Leidenfrost), la plaque est trop chaude : baisser le feu une minute. Si elles s’étalent et bouillonnent lentement, attendre encore 30 secondes.
Le graissage se fait avec un papier absorbant imbibé de beurre demi-sel fondu, passé en couche très fine. Trop de gras et la galette aura un goût de beurre brûlé, des points noirs apparaîtront et la cuisson deviendra irrégulière. Le saindoux, utilisé traditionnellement dans les crêperies finistériennes, donne une saveur plus rustique mais moins consensuelle au goût des clients urbains.

Convertisseur de Galettes Bretonnes
Ajustez les quantités selon le nombre de convives
Pour une pâte parfaite, mélangez la farine et le sel, puis incorporez l’eau progressivement en fouettant. Laissez reposer au frais !

Alternatives quand on n’a pas le matériel idéal
Une plaque à induction à puissance maximale (1800 à 2200 W) peut suffire avec une bonne poêle. Une plaque vitrocéramique demande plus d’anticipation : préchauffer au minimum 5 minutes à fond. Le gaz reste la meilleure source de chaleur en cuisine domestique car la réactivité permet d’ajuster en temps réel.
Limite à signaler : sur une plaque électrique classique à résistance, les galettes seront toujours moyennes. La chaleur monte trop lentement et redescend dès qu’on dépose la pâte froide. Mieux vaut alors faire des galettes plus petites (18 à 20 cm) pour compenser l’inertie. Le bon matériel divise par deux le risque de rater une galette.

Comment garnir une galette complète bretonne dans les règles ?
La garniture galette complète tient en trois éléments : un œuf, du jambon blanc, de l’emmental râpé. Pas de ketchup, pas de mayonnaise, pas de tomate, pas de fantaisies industrielles qui défigurent la tradition. Une crêperie de Saint-Malo m’a marqué l’année dernière avec sa version pure : juste les trois ingrédients, mais des produits choisis avec rigueur. La différence saute aux papilles.
Le jambon doit être un jambon blanc de qualité, tranché épais (3 à 4 mm) pour garder sa texture à la cuisson. Le jambon à l’os artisanal vaut largement le jambon sous vide standard. Compter une tranche de 35 à 40 g par galette. Le fromage : 40 à 50 g d’emmental ou de gruyère fraîchement râpé, jamais le fromage râpé industriel sous sachet dont les agents antiagglomérants empêchent une fonte homogène.
L’œuf se casse directement sur la galette en cours de cuisson, au centre. Étaler le blanc rapidement à la fourchette pour qu’il cuise en même temps que le reste, le jaune reste intact. Disposer le fromage râpé en couronne autour de l’œuf, puis poser le jambon. Rabattre les quatre côtés en formant un carré qui laisse le jaune apparent. Couvrir 1 minute pour faire fondre le fromage.

Les variantes régionales et créatives
La galette saucisse, spécialité rennaise, se mange roulée et tenue en main, sans assiette ni couverts. Une saucisse de porc grillée, enroulée dans une galette nature, parfois accompagnée d’une cuillère de moutarde à l’ancienne. Au marché des Lices à Rennes le samedi matin, les files s’allongent dès 9 h pour cette street-food bretonne historique.
Autres garnitures classiques à connaître :
- Forestière : champignons de Paris poêlés, crème fraîche épaisse, persil plat, fromage râpé
- Andouille : andouille de Guémené tranchée fine, oignons fondus, moutarde de Dijon
- Marine : saint-jacques saisies, crème citronnée, aneth ciselé, fleur de sel
- Chèvre miel : fromage de chèvre frais, miel de châtaignier, noix concassées
- Florentine : épinards fondus à la crème, œuf, parmesan râpé
- Bigoudène : pommes de terre rissolées, lardons fumés, oignons, reblochon

Les associations à éviter absolument
Le saumon fumé froid sur une galette chaude détrempe l’ensemble : préférer un saumon mariné rapidement à la crème citronnée. Les sauces tomates industrielles dénaturent la pâte de sarrasin : si l’on veut du tomate, préférer une tomate confite maison ou un coulis épais réduit. Le fromage bleu trop fort écrase la saveur subtile du blé noir.
Une limite importante : les garnitures trop humides (légumes mal égouttés, sauces liquides) ramollissent les bords et empêchent le croustillant. Toujours égoutter, réduire ou pré-cuire les éléments aqueux avant de les déposer. Une garniture simple et bien dosée vaut mille combinaisons sophistiquées mal exécutées.

Quels accords boissons pour accompagner la galette bretonne ?
Le cidre brut fermier reste l’accord historique et incontesté. Servi à 8-10 °C dans une bolée en grès, il nettoie le palais entre chaque bouchée grâce à son acidité et ses bulles fines. Les cidres de Fouesnant ou du pays de Rance offrent les meilleurs profils pour accompagner une galette complète. Compter 4 à 9 euros la bouteille de 75 cl en cave bretonne pour un cidre fermier de qualité.
Le cidre doux convient mieux aux galettes sucrées (caramel beurre salé, pommes flambées), tandis que le cidre brut accompagne les galettes salées. Le cidre demi-sec offre un compromis pour ceux qui hésitent. Éviter absolument les cidres industriels sucrés type bouteille de supermarché à 1,50 euro : leur sucre résiduel écrase tous les arômes.
Pour ceux qui ne boivent pas d’alcool, un jus de pomme breton non filtré, type Manon ou Kerné, reproduit en partie le profil aromatique du cidre. Servi frais, il s’accorde bien avec les garnitures classiques. Le lait ribot (lait fermenté breton) reste une alternative traditionnelle, particulièrement appréciée en Basse-Bretagne avec les galettes nature ou beurrées.

Le tableau des accords par garniture
| Garniture | Boisson recommandée | Température service |
|---|---|---|
| Complète (jambon, œuf, fromage) | Cidre brut fermier de Fouesnant | 8 °C |
| Andouille de Guémené | Cidre demi-sec ou bière brune Coreff | 10 °C |
| Marine (saint-jacques, saumon) | Muscadet sur lie ou cidre brut | 9 °C |
| Forestière | Cidre brut bouché | 10 °C |
| Saucisse de Rennes | Bière blonde artisanale Lancelot | 6 °C |
| Chèvre miel | Cidre demi-sec ou pommeau de Bretagne | 10 °C |

Le cas du vin avec la galette
Question délicate : peut-on servir du vin avec une galette bretonne ? La tradition dit non, le pragmatisme dit parfois oui. Un Muscadet Sèvre-et-Maine sur lie fonctionne bien avec une galette marine ou aux fruits de mer. Un Sancerre blanc accompagne correctement une garniture chèvre. Mais sur une galette complète classique, le cidre reste imbattable.
Limite à connaître : les vins rouges, même légers comme un Gamay, écrasent généralement la galette. Leurs tanins entrent en conflit avec l’amertume légère du sarrasin. Les vins rouges très fruités et sans tanins, comme certains rouges de Loire vinifiés en macération courte, peuvent éventuellement passer avec une galette à l’andouille. Le cidre reste le compagnon naturel et fidèle de la galette bretonne.

Comment conserver et réchauffer des galettes de sarrasin ?
Les galettes cuites « à blanc » (sans garniture) se conservent parfaitement 2 à 3 jours au réfrigérateur. La technique : empiler les galettes refroidies séparées chacune par une feuille de papier sulfurisé, puis emballer dans un sac plastique alimentaire ou une boîte hermétique. Sans cette séparation, elles collent entre elles et se déchirent au moment de les manipuler.
Pour une conservation plus longue, la congélation fonctionne très bien. Empiler les galettes séparées par papier sulfurisé, glisser dans un sac congélation en chassant l’air. Durée optimale : 1 mois. Au-delà, la pâte perd en saveur et en élasticité. Décongélation à température ambiante 15 minutes avant réchauffage, ou directement sur la billig si elle est très chaude.
Le réchauffage idéal se fait sur billig ou poêle préchauffée : 30 à 45 secondes par face suffisent. Le micro-ondes dessèche la galette en quelques secondes : déconseillé sauf en dernier recours, et alors couvrir d’un linge humide pour limiter la perte d’humidité. Le four à 150 °C pendant 3 à 4 minutes fonctionne pour réchauffer plusieurs galettes simultanément, idéal pour un dîner improvisé.
Préparer un service pour plusieurs convives
Pour recevoir 8 à 10 personnes, la stratégie professionnelle consiste à cuire toutes les galettes à blanc la veille ou le matin même. Au moment du service, chauffer la plaque, déposer une galette pré-cuite, ajouter la garniture, couvrir 1 minute et servir immédiatement. Cette méthode divise par trois le temps de service et garantit des galettes uniformes.
Lors d’un repas à Nancy organisé pour 12 personnes le mois dernier, cette technique a permis de servir trois tournées de galettes différentes en 40 minutes : complète, forestière, andouille. Les convives ont mangé chaud, en continu, sans attente entre les services. La pâte avait reposé 18 heures au frais, ce qui lui a donné une couleur plus sombre et un parfum très marqué.
Les erreurs de conservation à éviter
Ne jamais emballer les galettes encore tièdes : la condensation les ramollit et favorise les moisissures. Laisser refroidir complètement sur une grille pendant 20 minutes avant tout emballage. Ne pas conserver des galettes déjà garnies plus de 24 heures : l’œuf et le fromage altèrent la texture et le goût.
Limite importante : les galettes congelées avec garniture ne donnent jamais un résultat convaincant. L’œuf change de texture, le fromage rend de l’eau, le jambon devient caoutchouteux. Toujours congeler nature et garnir au moment du réchauffage. L’organisation en amont transforme une session galettes stressante en moment convivial maîtrisé.
Quelles sont les origines et l’histoire de la galette de sarrasin ?
Le sarrasin, introduit en Europe par les Croisades au XIIe siècle, s’est implanté massivement en Bretagne à partir du XVe siècle. Cette plante poussait sur les sols pauvres et acides du Massif armoricain, là où le blé refusait de pousser. Cultivée en 90 à 110 jours seulement, elle offrait aux paysans bretons une récolte rapide et nourrissante, devenue rapidement la base alimentaire du peuple.
La galette était à l’origine cuite sur des pierres chaudes ou des plaques de fonte posées sur l’âtre familial. Chaque famille bretonne préparait sa propre pâte, transmise de génération en génération avec des variations subtiles selon les régions. En Haute-Bretagne (Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique), la galette désigne la version salée sans œuf, fine et croustillante. En Basse-Bretagne (Finistère, Morbihan), on parle de « crêpe de blé noir » et la recette inclut souvent un œuf et un peu de lait.
Au XIXe siècle, la production de blé noir en Bretagne atteignait 600 000 hectares cultivés. Cette culture a chuté drastiquement au XXe siècle, remplacée par le maïs et le blé moderne. Aujourd’hui, environ 7 000 hectares de sarrasin sont cultivés en Bretagne, dont une partie sous label IGP « Blé noir tradition Bretagne » obtenu en 2010. Cette reconnaissance a permis de relancer la filière et de valoriser le savoir-faire local.
De la galette paysanne à la crêperie urbaine
Les premières crêperies commerciales sont apparues à Quimper et Rennes dans les années 1920, transformant un plat populaire en spécialité touristique. La crêperie Le Krampouezhdy à Quimper, fondée en 1922, reste l’une des plus anciennes encore en activité. L’essor du tourisme breton dans les années 1960 a propagé la galette dans toute la France, puis à l’international.
La galette saucisse, elle, est née à Rennes au début du XXe siècle comme nourriture d’ouvriers et de cultivateurs lors des foires. Le pli simple autour d’une saucisse grillée permettait de manger debout, sans assiette. Aujourd’hui encore, cette tradition perdure aux abords du stade Roazhon Park les jours de match du Stade Rennais.
La galette aujourd’hui : tradition et créativité
La cuisine bretonne contemporaine réinvente la galette sans la trahir. Des chefs étoilés comme Olivier Bellin ou Patrick Jeffroy proposent des versions raffinées avec produits nobles : tourteau, ormeaux, agneau de pré-salé. Ces interprétations modernes coexistent avec la tradition crêpière populaire, qui reste vivace dans les centaines de crêperies bretonnes ouvertes toute l’année.
Le Festival Interceltique de Lorient, qui se tient chaque année début août, propose des stands de galettes traditionnelles avec des accords musicaux celtes. C’est l’occasion de découvrir des variations rares, comme la galette aux algues nori ou à la salicorne, présentées par des producteurs locaux. La galette traverse les siècles parce qu’elle conjugue simplicité, identité et adaptabilité.
Quelles erreurs fréquentes empêchent de réussir une galette bretonne ?
L’erreur numéro un, observée chez 8 amateurs sur 10 : ne pas laisser reposer la pâte assez longtemps. Une pâte préparée et utilisée immédiatement donne des galettes granuleuses, cassantes et fades. Le repos de 2 heures minimum n’est pas optionnel, c’est une étape technique qui permet à l’amidon de gonfler et aux arômes de se développer. Sauter cette étape garantit un échec, quelle que soit la qualité des ingrédients.
Deuxième erreur classique : utiliser de la farine de sarrasin de mauvaise qualité ou trop ancienne. Une farine ouverte depuis plus de 3 mois, mal conservée, perd ses arômes et ses propriétés. Toujours vérifier la date de mouture (et pas seulement la DLC), conserver dans un récipient hermétique à l’abri de la lumière, et utiliser dans les 4 mois après ouverture pour un résultat optimal.
Troisième piège : surcharger la galette en garniture. Une galette traditionnelle se présente fine, presque transparente au centre, avec une garniture modérée. Trop d’ingrédients alourdissent la pâte, empêchent la cuisson uniforme et masquent la saveur du sarrasin. La règle : 100 g de garniture maximum pour une galette de 28 cm. Au-delà, c’est un assemblage confus, pas une galette bretonne.
Les pièges techniques de la cuisson
Une plaque insuffisamment chauffée donne des galettes pâles, molles et collantes. À l’inverse, une plaque trop chaude brûle la pâte avant qu’elle ne cuise au centre. Le test des gouttes d’eau reste la méthode la plus fiable. Investir dans un thermomètre infrarouge (25 à 40 euros chez Boulanger ou Darty) permet de vérifier précisément : la zone idéale se situe entre 220 et 240 °C.
Étaler la pâte trop lentement entraîne des épaisseurs irrégulières et des trous. Le geste doit être rapide, fluide, en spirale du centre vers l’extérieur. S’entraîner sur les 3 ou 4 premières galettes : elles serviront de test pour ajuster la quantité de pâte par louche et la vitesse d’étalage. Ne pas se décourager si la première galette ressemble à une catastrophe : elle culotte la plaque et prépare les suivantes.
Les ajustements selon la saison
En été, par forte chaleur, la pâte fermente plus rapidement : raccourcir le repos à 1 heure 30 ou conserver au réfrigérateur. En hiver, dans une cuisine fraîche, prolonger le repos à 3 heures pour compenser. L’humidité ambiante influence aussi l’absorption d’eau de la farine : par temps humide, réduire l’eau de 5 cl ; par temps sec, ajouter 5 cl si la pâte semble trop épaisse après repos.
Limite à connaître : ces réglages fins demandent de l’expérience et plusieurs sessions de cuisine. Les premières tentatives donneront rarement un résultat parfait. Compter 3 à 5 séances avant de maîtriser la technique au point d’obtenir des galettes régulières et savoureuses à chaque fois. Chaque échec apprend quelque chose : la galette parfaite récompense la persévérance.
Peut-on faire la pâte à galette la veille ?
Oui, et c’est même recommandé. Un repos de 12 à 24 heures au réfrigérateur intensifie les arômes et améliore la texture. Sortir la pâte 30 minutes avant cuisson, fouetter pour la réhomogénéiser, et ajuster avec un peu d’eau si elle a épaissi pendant le repos.
La galette de sarrasin est-elle vraiment sans gluten ?
Le sarrasin pur ne contient pas de gluten, mais beaucoup de farines vendues en grande surface sont contaminées par des traces de blé lors de la mouture. Pour les personnes coeliaques, choisir uniquement des farines certifiées sans gluten avec mention explicite sur l’emballage. Les marques comme Valpiform ou certaines références bio garantissent cette absence de contamination croisée.
Pourquoi ma galette colle-t-elle à la poêle ?
Trois causes possibles : la poêle n’est pas assez chaude (faire le test des gouttes d’eau), elle est mal graissée (passer un papier imbibé de beurre demi-sel entre chaque galette), ou la pâte est trop liquide (ajouter une cuillère de farine et fouetter). Une poêle en acier ou fonte mal culottée pose aussi problème : la culotter avec de l’huile chauffée plusieurs fois avant la première utilisation.
Quelle différence entre crêpe et galette bretonne ?
La galette se fait avec de la farine de sarrasin (blé noir), elle est salée et accompagne plats principaux. La crêpe utilise de la farine de froment, du lait, du sucre et des œufs, et se déguste en dessert. En Haute-Bretagne, la distinction est nette ; en Basse-Bretagne, les termes se mélangent parfois et on parle de crêpe de blé noir pour désigner la galette.
Combien de galettes peut-on faire avec 500 g de farine ?
Avec 500 g de farine de sarrasin, environ 1 litre d’eau, 15 g de sel et un œuf, on prépare 10 à 12 galettes de 28 cm de diamètre. Compter une à deux galettes par convive en plat principal, selon l’appétit et les accompagnements proposés. Prévoir toujours 10 % de pâte supplémentaire pour les premiers essais qui culottent la plaque.

Biographie :
Je suis Jean Latour, chef cuisinier à Nancy depuis 15 ans. Je me spécialise dans la cuisine française traditionnelle et je m’intéresse particulièrement à la conversion d’unités culinaires, un aspect essentiel pour la précision des recettes.
